La disparition de feu Maître Abderrahmane El-Youssoufi nous a profondément affectés. Il faisait en quelque sorte partie de notre famille. De nos souvenirs. Djamila, l’épouse de Hocine Ait Ahmed, le pleure aujourd’hui. Elle a gardé contact avec « Si Youssoufi » en prenant de ses nouvelles très régulièrement par téléphone. Perpétuant ainsi le lien qui unissait Si Youssoufi à Hocine Ait Ahmed. Un lien indéfectible qui s’est forgé tout au long de décennies de luttes communes anticoloniales, pour la démocratie et les droits humains. Les deux hommes partageaient le même rêve : l’avènement d’un Maghreb démocratique.

Cohérence politique et fidélité aux engagements communs ont ainsi amené Maître Abderrahmane El-Youssoufi à défendre Hocine Ait Ahmed, au plus fort de la terrible répression menée contre le FFS et ses militants. Hocine Ait Ahmed comparaissait alors devant la Cour de sûreté d’État en avril 1965. Si Youssoufi, accompagné notamment des bâtonniers Maâti Bouabid, Abdelkrim Benjelloun ainsi que de Maître Abdelhadi Baraka se sont rendus à Alger pour assurer sa défense. En vain. Car, la Cour criminelle révolutionnaire venait de prononcer l’huis-clos. Hocine Ait Ahmed a été condamné à mort non sans avoir assuré sa propre défense. La présence à Alger de Maître Abderrahmane El-Youssoufi, en cette période troublée, en dit long sur l’éthique et le courage de cet infatigable avocat de la cause maghrébine.

La réalité du lien entre les deux hommes s’est encore une fois matérialisée à l’occasion du décès de Hocine Ait Ahmed le 23 décembre 2015. Bien que malade, Si Abderrahmane El-Youssoufi a fait le déplacement à Alger pour honorer la mémoire de son compagnon de route. La fouille délibérée et humiliante, orchestrée par le régime, dont Si Youssoufi a été victime à son arrivée à l’aéroport Houari Boumediene, ne l’a pas empêché de se rendre au siège du FFS pour présenter ses condoléances et nous honorer de sa présence. Fidélité toujours.

Fidélité encore. Comment ne pas évoquer, ici, ce moment d’intense communion en 1992, lors du 40e jour de la disparition de Si Abderrahim Bouabid. Alors que l’Algérie était en proie à une guerre civile sans nom, Hocine Ait Ahmed a fait le déplacement et est monté sur l’estrade pour rendre un ultime hommage à son ami et compagnon de route Abderrahim Bouabid. En présence de Si Abderrahmane El-Youssoufi, Hocine Ait Ahmed avait fait un plaidoyer plus que jamais d’actualité, formulé ainsi : «Je renouvelle ici mon serment à l’édification d’un Maghreb démocratique. On ne touchera pas à l’espérance démocratique que porte le grand Maghreb. De Tanger à Benghazi, de Nouakchott à Illizi, un seul peuple.»

C’est par ce message d’espoir qu’incarnait avec tant de noblesse Si Abderrahmane El-Youssoufi, que nous adressons à son estimée épouse, Mme Hélène El-Youssoufi, à sa famille et, à travers eux, au peuple marocain, notre profonde compassion et nos condoléances les plus sincères.

Pour la Fondation Hocine Ait Ahmed : Djamila, Bouchra, Salah, Jugurtha 30 mai 2020

Si Abderrahmane El-Youssoufi avec Djamila Ait Ahmed au siège du FFS. @credit photo: Bouchra Ait Ahmed, pour la Fondation HAA